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13 avril 2026

Électrification des flux logistiques : un levier de valeur ajoutée territoriale encore sous-estimée : Le cas de Sogaris

Électrification des flux logistiques : un levier de valeur ajoutée territoriale encore sous-estimée : Le cas de Sogaris
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Le 29 janvier 2026, Impact France et Wavestone ont publié l’étude nationale « Valoriser économiquement l’engagement des entreprises

Objectif : traduire les retombées économiques des actions sociales et environnementales des entreprises en coûts évités pour la société.

Parmi les sept études de cas analysées, celle de Sogaris porte sur un enjeu écologique majeur : la décarbonation des flux logistiques en zone urbaine, à partir de l’exemple du site de Rungis.

L’intelligence territoriale au service de la logistique urbaine de demain

Sogaris est une entreprise foncière française créée il y a plus de soixante ans, historiquement implantée sur la plateforme de Rungis (Val-de-Marne) et aujourd’hui présente sur 13 sites. Son activité principale consiste à concevoir, aménager et gérer des infrastructures logistiques dans des zones urbaines. 

L'entreprise s'implique dans la transition énergétique, en cohérence avec les objectifs de développement durable (ODD). Cet engagement s’articule autour de trois axes stratégiques majeurs :

  • Décarboner des sites logistiques
  • Stimuler l'attractivité des villes et territoires
  • Accroître le développement local et la résilience des villes

Sogaris mise sur la maîtrise de l’intelligence territoriale pour faciliter l’organisation des flux urbains. L’objectif est de concilier la vitalité économique des territoires, tout en garantissant leurs équilibres sociaux et environnementaux

A partir du cas du site de Rungis, l’étude met en avant une approche centrée sur les interactions territoriales : la logistique n’est pas seulement une fonction économique, mais un facteur structurant du fonctionnement des villes, avec des effets directs sur l’environnement, la santé et l’attractivité locale.

Évaluer l’impact sociétal sous-estimé de la pollution de l’air

L’étude s’appuie sur un constat largement documenté : les externalités négatives du transport routier restent massivement supportées par la société.

  • Mortalité et morbidité : En France sont recensés chaque année environ 40 000 décès prématurés liés à la pollution. Entre 2016 et 2019, elle a généré 118 000 nouveaux cas de pathologies respiratoires.
  • Coûts directs : Le coût annuel de cette pollution est estimé à 48 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent plus de 3 milliards d'euros de frais de santé et d'hospitalisation.
  • Un fort enjeu local : Dans la zone du Grand-Orly Seine Bièvre (où se situe le pôle de Rungis), le transport routier constitue une source majeure d'émissions polluantes : il est responsable à lui seul de 38 % des émissions de dioxyde d’azote et de 20 % des particules fines.

Ces impacts ne se limitent pas à la sphère sanitaire. Ils se traduisent également par des effets économiques diffus : baisse de productivité liée aux arrêts maladie, dégradation des rendements agricoles, coûts supplémentaires d’entretien des infrastructures ou encore dépréciation immobilière.

Autrement dit, une partie significative du coût réel de la logistique reste invisible dans les modèles économiques classiques.

“A l’heure où le climat peine à se maintenir dans les priorités partagées des agendas politiques, Sogaris réitère et amplifie la décarbonation des flux comme engagement stratégique, nécessitant un effort collectif de la chaîne de valeur logistique, adossé à des investissements importants.”
Jonathan Sebbane, Directeur Général de Sogaris 
Agir sur l'invisible : le défi de la décarbonation des émissions indirects (scope 3)

Un des enseignements centraux du cas étudié réside dans la structure des émissions : 99 % de l’empreinte carbone associée à l’activité relève du scope 3, c’est-à-dire des émissions indirectes liées aux transporteurs et aux exploitants présents sur les sites.

Cette configuration limite fortement la capacité d’action directe de l’entreprise. Elle impose un changement de posture : plutôt que réduire elle-même ses émissions, Sogaris agit en créant les conditions permettant aux autres acteurs de la chaîne logistique d’évoluer.

Les actions mises en œuvre par Sogaris pour accompagner cette transition s'articulent autour de trois leviers :

  • L'adaptation des infrastructures pour accueillir des flottes électriques,
  • Le déploiement de bornes de recharge, souvent mutualisées,
  • L'amélioration de la connaissance des flux, avec des initiatives expérimentales (comme l'analyse des flux logistiques quittant Rungis via des systèmes de pesée dynamique et de caméras), pour améliorer la précision des stratégies définies et enrichir les bilans carbone.

Cette logique d’intervention indirecte illustre une caractéristique clé des enjeux climatiques actuels : la transformation repose en grande partie sur des dynamiques collectives.

L’étude souligne par ailleurs certaines limites, notamment le fait que l’électrification ne supprime pas l’ensemble des émissions (en particulier les particules liées à l’usure des pneus), ce qui invite à une approche globale des impacts. 

Transformer la logistique pour protéger les territoires et les riverains

Afin de quantifier les impacts, l’étude repose sur un scénario de comparaison entre deux trajectoires. 

Un scénario de référence (“sans action”)

  • Aucune électrification des flottes logistiques n’est engagée : La situation de base (2024) considère une absence totale de véhicules électriques dans la répartition des motorisations des flottes logistiques sur le site de Rungis, au sein du Grand-Orly Seine Bièvre. 
  • Un territoire fortement exposé aux nuisances : Le diagnostic de cette situation montre que le territoire subit de plein fouet les externalités du transport routier, qui représente 25 % des émissions de gaz à effet de serre du lieu-dit. Le bruit routier y est le deuxième facteur de dommages sanitaires, avec 92 % de la population exposée à des niveaux dépassant les limites de l'OMS.

Un scénario de transition: 

  • Projection d’une mobilisation coordonnée des acteurs (transporteurs, constructeurs, pouvoirs publics) pour atteindre les objectifs nationaux à l’horizon 2030, avec une cible chiffrée : Il prévoit que la part des véhicules électriques dans les flottes logistiques passe de 0 % à 13 % d'ici 2030, en s'alignant sur les trajectoires du Ministère de l’aménagement du territoire et de la transition écologique.

Dans ce cadre, Sogaris agit comme un "facilitateur" en installant des infrastructures spécifiques et des bornes rapides mutualisées pour lever les freins techniques et financiers des exploitants. Cette méthodologie permet de distinguer clairement l’effet des actions étudiées et de les replacer dans une dynamique systémique plus large.

2,8 millions d’euros de coûts évités pour la société d’ici 2030

Selon l’étude, la mobilisation collective des acteurs logistiques permettrait d'atteindre environ 2,8 millions d'euros de coûts évités pour la société à horizon 2030. Cette répartition se décompose en deux pôles majeurs: 

  • 2,5 M€ liés à la réduction des nuisances sonores : C'est le poste d'économie le plus massif. Le bruit routier est le deuxième facteur de dommages sanitaires en Europe.
  • 0,3 M€ liés à la baisse des émissions de CO₂.

Ces résultats mettent en évidence un point souvent sous-estimé dans les politiques de décarbonation : les bénéfices sont d’abord locaux et sanitaires, avant d’être climatiques.

Ils soulignent également l’importance d’élargir les indicateurs d’évaluation, en intégrant des dimensions aujourd’hui peu valorisées dans les décisions économiques.

Lien vers l’étude
L’électrification des flux logistiques : une transition systémique qui dépasse l’entreprise

L'analyse du cas Sogaris à Rungis démontre que la décarbonation des flux logistiques ne peut être une démarche isolée ; elle constitue un levier systémique dont les bénéfices dépassent largement le seul cadre de l'entreprise

Son efficacité repose sur une mobilisation coordonnée de l’ensemble de la chaîne de valeur (transporteurs, constructeurs, acteurs publics) ainsi que sur la disponibilité de solutions techniques et de cadres incitatifs adaptés. Dans ce contexte, les acteurs immobiliers comme Sogaris occupent une position intermédiaire : ils peuvent faciliter la transition en levant certains freins opérationnels, sans pour autant en maîtriser seuls les résultats.

Au-delà des résultats chiffrés, le cas étudié illustre ainsi une évolution plus large du rôle des entreprises dans la transition écologique. Il invite à dépasser une approche centrée sur l’organisation individuelle pour adopter une lecture à l’échelle des écosystèmes, où les impacts dépendent des interactions entre acteurs.

L’un des apports de l’étude réside également dans la monétarisation des externalités positives. En rendant visibles des effets jusqu’ici peu intégrés dans les décisions économiques, elle contribue à faire évoluer la lecture de la performance : il ne s’agit plus seulement de gérer des actifs logistiques, mais de prendre en compte leur contribution à la santé publique et à la résilience territoriale.

Plus largement, l’analyse souligne que la performance économique ne peut plus être appréhendée indépendamment de ses effets sur les territoires, qu’il s’agisse de qualité de vie, d’environnement ou de dynamiques locales.

“Mesurer, par la monétarisation, les impacts négatifs évités, n’appelle pas à détourner l’attention de l’effort premier de réduction des impacts. Cela participe à un enjeu de compréhension plus étendue de nos responsabilités, mais également de nos capacités collectives d’action. Une telle démarche, exploratoire, appelle à l’humilité quant aux analyses constituées, mais met en exergue la nécessité de lectures systémiques et multipartites” 
Jonathan Sebbane, Directeur Général de Sogaris  

*Les montants avancés sont des ordres de grandeur, construits à partir d’hypothèses transparentes et conservatrices, détaillées dans le rapport complet.

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