
Le 29 janvier 2026, Impact France et Wavestone ont publié l’étude nationale «Valoriser économiquement l’engagement des entreprises ». Objectif : traduire les retombées économiques des actions sociales et environnementales des entreprises en coûts évités pour la société. Parmi les sept études de cas analysées, celle de La Poste porte sur un enjeu social structurant : l’embauche et le maintien dans l’emploi des jeunes (-30 ans),et des seniors (+55 ans), deux publics particulièrement exposés au chômage et à l’exclusion durable du marché du travail.
Le groupe La Poste est un groupe international multi activité, présent dans plus de60 pays et 5 continents. Marqueurs de son identité et de ses valeurs, le groupe exerce 4 missions de service public confiées par l’Etat. Devenue entreprise à mission en 2021, La Poste poursuit des engagements en matière d’utilité sociale, notamment en faveur de l’inclusion des plus fragiles.
Dans ce cadre, l’étude s’intéresse à la politique RH du groupe en matière d’embauche et de maintien dans l’emploi pour deux publics cibles que l’on peut considérer comme « fragiles », et pour lesquels La Poste mène déjà des actions fortes en matière d’inclusion sociale :
Les jeunes de moins de 30 ans, via notamment :
- Le recrutement chaque année d’environ 25 000 jeunes sur l’ensemble du territoire soit 50% des recrutements en CDI réalisés en2024 ;
- Plus de 7% des jeunes recrutés sont issus des QPV.
Les seniors de plus de 55 ans, via notamment :
- 46 000 seniors employés au sein de La Poste SA ;
- Une part importante de seniors (50-59 ans) bénéficiant de mobilités interne (32,6%) ;
- La mise en place d’aménagement des conditions de travail pour les postiers seniors exerçant les activités physiquement les plus exigeantes.
Ces chiffres traduisent un engagement opérationnel, qui s’adapte à des conditions salariales variées. L’étude s’attache à en évaluer l’impact pour la puissance publique.
Comme le rappelle Stéphanie Dupuy-Lyon, directrice de l’engagement sociétal du groupe La Poste : “La Poste a consolidé au travers de sa raison d’être une ambition : être au service de tous et utile à chacun. La méthodologie des “coûts évités” présente un intérêt particulier pour valoriser notre impact auprès de la société au sens large et traduire notre vision de l’entreprise durablement rentable et responsable".
Pour mesurer les effets de cette politique, les études reposent sur un principe simple : comparer la situation observée à une situation de référence, afin d’estimer les coûts publics et sociaux évités grâce à l’action de l’entreprise. Dans le cas de La Poste, le scénario est clair : que se passerait-il si ces personnes, jeunes et seniors, n’étaient pas en emploi ?
La situation de référence retenue dans ces deux études est celle du non-emploi (chômage ou inactivité). L'écart entre ces deux situations permet ainsi d’estimer les coûts évités pour la puissance publique*.
En tenant compte de l’emploi des jeunes et des seniors au sein de La Poste, l’étude estime à 1,9 milliard d’euros les coûts évités pour la puissance publique en 2024. Ce montant se décompose de la manière suivante :
● 354 millions d’euros de coûts évités liés aux actions de La Poste en matière d’embauche et de maintien dans l’emploi des jeunes.
● 1,5 milliard d’euros de coûts évités liés aux actions de La Poste en matière d’embauche et de maintien dans l’emploi des seniors.
Ce montant correspond à une réalité simple : lorsque des personnes sont en emploi plutôt qu’au chômage, l’état dépense moins et perçoit davantage. Et ce, sur le long terme. Puisque concrètement, ces 1,9 milliard d’euros recouvrent principalement :
● des allocations non versées ou réduites (chômage, retraite et aides associées),
● des dépenses publiques évitées (coûts administratifs, dispositifs liés à l’inactivité),
● des cotisations sociales et impôts perçus grâce à l’activité professionnelle.
Il ne s’agit donc pas d’une valorisation théorique, mais d’un effet budgétaire direct pour les finances publiques.
L’étude ne s’arrête pas au cas de La Poste. Elle examine également ce que produirait une mobilisation plus large des entreprises en faveur de l’emploi des jeunes et des seniors. Pour cela, elle retient un scénario de comparaison simple : aligner la situation française sur la moyenne européenne en matière d’emploi de ces publics. Aujourd’hui, la France présente encore un retard sur ces deux indicateurs.
● Pour les jeunes, le taux de chômage des moins de 30 ans est de 8,1% en France contre 6,3% dans l’Union européenne, avec un effet dit de «cicatrice » pouvant affecter durablement les trajectoires professionnelles.
● Pour les seniors, le taux d’emploi des 55-64 ans est de 60,4 % en France contre 65,2 % dans l’Union européenne.
Si la France atteignait les niveaux d’emploi observés en moyenne dans l’Union européenne, cela représenterait :
● 192 000 jeunes supplémentaires en emploi (ETP),
● 3,1 millions de seniors supplémentaires en emploi (ETP).
En appliquant la même logique de calcul que pour l’étude de cas de La Poste, l’étude estime que cet alignement pourrait générer près de 100 milliards d’euros de coûts évités pour les finances publiques, dont :
● 3,7 milliards d’euros liés à l’emploi des jeunes
● 96 milliards d’euros liés à l’emploi des seniors.
Ces ordres de grandeur illustrent le potentiel d’un passage à l’échelle : favoriser l’accès et le maintien dans l’emploi de ces publics constitue non seulement un enjeu social, mais aussi un levier économique majeur pour les finances publiques.

Le cas de La Poste montre qu’une politique d’inclusion structurée peut être objectivée, chiffrée et mise en perspective économiquement.
Comme le souligne, Valérie Décaux, directrice générale adjointe, en charge des ressources humaines du groupe La Poste. “Les résultats de cette étude démontrent qu’une forte mobilisation des entreprises en faveur de l’emploi inclusif peut avoir un impact déterminant pour la société tout entière."
Plus largement, l’étude met en évidence un point essentiel : lorsqu’elle est structurée et assumée, une politique d’inclusion peut être envisagée non seulement comme un engagement social, mais aussi comme un levier de performance globale mesurable.
*Les montants avancés sont des ordres de grandeur, construits à partir d’hypothèses transparentes et conservatrices, détaillées dans le rapport complet.