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Le 29 janvier 2026, Impact France et Wavestone ont publié l’étude nationale « Valoriser économiquement l’engagement des entreprises ».
Objectif : traduire les retombées économiques des actions sociales et environnementales des entreprises en coûts évités pour la société. Parmi les sept études de cas examinées, celle de L'Occitane en Provence se concentre sur un enjeu environnemental structurant : la gestion durable de la ressource en eau dans un contexte de stress hydrique croissant.
La Maison L’Occitane en Provence, créée il y a 50 ans, commercialise des produits cosmétiques reposant en grande partie sur des ingrédients naturels.
L’Occitane en Provence est reconnue pour son engagement en faveur de la transition écologique et sociale, qui se traduit par des actions concrètes tout au long de sa chaîne de production : de la conception, au développement et à la commercialisation des produits. Trois axes majeurs guident cette démarche : le respect de la biodiversité, l'équité pour les producteurs et la réduction des déchets.
Les procédés industriels de L’Occitane en Provence impliquent une consommation importante d’eau, notamment pour les phases de production, de nettoyage et de transformation. Son appareil industriel repose sur deux manufactures en France, dont celle de Lagorce en Ardèche, située dans un territoire particulièrement exposé au stress hydrique.
Face à cette contrainte croissante, l’entreprise a engagé une transformation de ses pratiques industrielles autour d’un objectif clair : réduire sa dépendance à la ressource en eau tout en sécurisant la continuité de ses opérations. C’est dans cette logique qu’a été lancé le projet Circular Water, centré sur la réutilisation des eaux usées industrielles et qui a vocation à se déployer progressivement d’ici 2030 sur le deuxième site industriel de la Maison, à Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Le projet Circular Water repose sur un principe de circularité de la ressource :
Opérationnel depuis 2025 sur le site de Lagorce en Ardèche, ce système vise à récupérer et traiter les eaux usées industrielles par bioréacteur suivi d'une ultrafiltration. L'objectif final (après déploiement de la phase 3) est de diminuer de 60 % le volume d'eau prélevé dans les nappes phréatiques et bassins versants locaux pour les besoins du site de Lagorce.
Le projet de la Maison L’Occitane en Provence s’inscrit dans un contexte plus large de pression croissante sur la ressource en eau. Les projections climatiques indiquent en effet une diminution significative des débits des cours d’eau français en période estivale, pouvant atteindre 20 à 40 % d’ici 2070 selon le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Cette raréfaction se traduit déjà par des tensions opérationnelles : en 2023, 20% des entreprises mondiales ont subi des interruptions de leur chaîne d’approvisionnement dues aux pénuries d'eau selon l’ONG Carbon Disclosure Project.
Cette évolution se traduit déjà par des impacts économiques concrets :
À ces tensions s’ajoutent également des coûts liés à la dégradation de la qualité de l’eau.
Plus spécifiquement, la gestion de l'eau en Ardèche est devenue un enjeu de stabilité économique majeur, le département étant l'un des 10 territoires les plus critiques de France face au stress hydrique selon le Haut Commissariat au Plan.
Pour mesurer les effets du projet, l’étude repose sur une méthodologie standardisée : comparer une situation de référence à une situation transformée.
Dans le cas de la mise en oeuvre du projet Circular Water sur le site de Lagorce :
Cette approche permet d’isoler l’effet propre de l’investissement industriel et d’estimer les coûts évités pour les parties prenantes externes (puissance publique, tissu économique, riverains).
À l’échelle du site de Lagorce, l’étude estime que le projet permet d’éviter environ 100 000 euros de coûts pour la collectivité dès 2026
Ces coûts évités recouvrent plusieurs dimensions :
Autrement dit, la diminution des prélèvements par un acteur industriel contribue directement à réduire les coûts supportés collectivement.
L’étude élargit l’analyse en modélisant un scénario de mobilisation collective, dans lequel des pratiques similaires seraient adoptées par l’ensemble des acteurs économiques du territoire.
Dans ce cas, les impacts deviennent significatifs : jusqu’à 45 millions d’euros de coûts évités d’ici 2030 à l’échelle de l’Ardèche
Ces bénéfices se répartissent entre plusieurs catégories d’acteurs :
Ce changement d’échelle met en évidence un effet clé : l’impact d’une action individuelle est démultiplié lorsqu’elle est adoptée collectivement.
Les démarches de gestion circulaire de l’eau s’inscrivent dans une logique plus large de résilience industrielle, visant à sécuriser les activités face aux tensions croissantes sur la ressource. En réduisant leur dépendance, les entreprises anticipent les risques opérationnels tout en contribuant à limiter les coûts supportés par la collectivité et les acteurs économiques locaux. Ces investissements en matière de durabilité illustrent une convergence croissante entre performance opérationnelle, gestion des risques et contribution à l’intérêt général.
Au-delà des cas individuels, ces démarches permettent de passer d’une logique de conviction à une démonstration économique objectivée. Lorsqu’elles sont structurées et mesurées, les actions environnementales peuvent être quantifiées et mises en perspective à l’échelle collective. La réduction des prélèvements de ressources contribue alors simultanément à sécuriser les activités, à préserver les équilibres naturels et à limiter les coûts pour la société. Cela met en évidence un point clé : la gestion durable des ressources constitue aussi un levier économique, dont les effets deviennent significatifs dès lors qu’il est déployé à plus grande échelle.
“Participer à cette étude nous a permis d’objectiver ce que nous pressentions : les investissements des entreprises en matière de durabilité sont plus qu’un engagement moral – c’est non seulement un levier qui permet de renforcer la robustesse de notre modèle d’affaires, mais aussi un moyen d’éviter des coûts à la collectivité et aux différents acteurs économiques du territoire ardéchois”
Florian Croce, DG des manufactures L’Occitane en Provence